La Côte d'Ivoire a perdu l'un de ses plus éminents fils. Le Professeur Alphonse Djédjé Mady, figure historique de la politique ivoirienne, ancien ministre et premier président du Conseil régional du Haut-Sassandra, s'est éteint ce dimanche 23 août 2026 à l'âge de 81 ans. L'information a été confirmée par son successeur à la tête de l'institution régionale, le Ministre Mamadou Touré, qui a annoncé la triste nouvelle dans un communiqué.
C'est une grande bibliothèque qui vient de brûler****Bold.
Né le 1er janvier 1945 à Gazehio, un village de la commune de Saïoua dans le Haut-Sassandra, Alphonse Djédjé Mady incarne le parcours d'un homme qui a consacré sa vie à la médecine, à la politique et au développement de sa région d'origine. Il appartient à l'ethnie Bété.
Un parcours exceptionnel de la médecine à la politique
Il effectue son cursus secondaire au Collège Catholique de Daloa, avant de rejoindre la faculté de Médecine d'Abidjan. Diplômé en médecine, il devient Professeur d'Université et exerce comme médecin praticien, notamment au CHU de Cocody.

Les débuts au MEECI et la rencontre avec Henri Konan Bédié
Très tôt, il s'engage dans le mouvement étudiant. En 1965, il est président de la sous-section de l'UNEECI (Union nationale des élèves et étudiants de Côte d'Ivoire) au collège catholique de Daloa. Il gravit rapidement les échelons : secrétaire général adjoint du Bureau national de l'UNEECI en 1966, puis secrétaire général en 1967. Il est membre fondateur du Mouvement des étudiants et élèves de Côte d'Ivoire (MEECI) en 1969, dont il devient président national de 1973 à 1975.


Cette position stratégique le propulse auprès des hautes instances de l'État. C'est au sein de ce militantisme étudiant qu'il rencontre Henri Konan Bédié, dont il devient un proche et un fidèle compagnon de route. Une amitié solide et une complicité politique vont naître entre les deux hommes, qui ne se démentiront jamais. Djédjé Mady sera l'un des plus proches collaborateurs de Bédié, partageant avec lui les combats politiques du PDCI-RDA.
La confiance de Houphouët-Boigny
À seulement 35 ans, symbole de la relève générationnelle voulue par le Président Félix Houphouët-Boigny, il est désigné pour prononcer le discours de clôture du 7e Congrès du PDCI-RDA en 1980. Médecin de formation, il exerce au centre hospitalier de Cocody avant d'être appelé par le président Houphouët-Boigny à occuper le poste de ministre de la Santé publique et de la Population de 1981 à 1989, un portefeuille qu'il conserve pendant huit ans, menant les premières grandes réformes sanitaires et la modernisation des hôpitaux du pays.

Il sera également député de la circonscription d'Issia de 1980 à 1985, puis député de Saïoua de 1985 à 1995. Parallèlement, il bâtit son ancrage local en se faisant élire à l'Assemblée nationale pour les circonscriptions de Nahio et Saïoua, un mandat qu'il occupera pendant plus de 40 ans.
Un leader politique engagé aux côtés de Bédié
Après le coup d'État de 1999 et durant les années de crise sous Henri Konan Bédié, il assume la fonction de secrétaire général du PDCI-RDA de 2002 à 2013. Il structure l'opposition et maintient la cohésion des militants.
En vue de l'élection présidentielle de 2010, il est directeur de la campagne du candidat PDCI, Henri Konan Bédié. Il dirige la campagne présidentielle de Bédié en 2010 et préside le directoire du RHDP, la coalition qui portera Alassane Ouattara au pouvoir.
Son engagement pour l'élection d'Alassane Ouattara en 2011 est total. En tant que président du directoire du RHDP, il œuvre activement à la victoire de la coalition. Après l'élection, il réclame au nom du PDCI-RDA le poste de Premier ministre qui devait revenir à son parti, conformément aux accords passés entre Bédié et Ouattara. Il déclare alors : « C'est un accord entre le président Henri Konan Bédié et le chef de l'État Alassane Ouattara. Nous attendons le poste de Premier ministre qui doit revenir au PDCI-RDA ».
La candidature à la présidence du PDCI
Souhaitant un renouvellement au sein du parti, il se présente à la présidence du PDCI-RDA face à Henri Konan Bédié au congrès d'octobre 2013. Malgré sa défaite, il réaffirme sa fidélité indéfectible au PDCI-RDA et refuse toute dissidence.
Le premier président du Conseil régional du Haut-Sassandra
En juin 2013, il est élu premier président du Conseil régional du Haut-Sassandra, fonction qu'il occupera durant deux mandats jusqu'au 22 septembre 2023. Réélu en 2018 avec 49,3 % des voix, il joue un rôle crucial dans le développement de la région, œuvrant pour le développement des infrastructures (routes, écoles, centres de santé).
La défaite de 2023 : un tournant après la mort de Bédié
La disparition d'Henri Konan Bédié, survenue en août 2023, constitue un tournant majeur dans la carrière politique d'Alphonse Djédjé Mady. Privé de son allié de toujours et de son parrain politique, il se retrouve affaibli face à ses adversaires. Lors des élections régionales de septembre 2023, il est sèchement battu par Mamadou Touré, candidat du RHDP. Une défaite humiliante qui met fin à dix années de présidence du Conseil régional.
Le 23 septembre 2023, lors de la cérémonie de passation, il déclare à son successeur : « Bonne Chance Monsieur le Président, nous sommes avec toi », tout en se disant disponible pour contribuer au développement du Haut-Sassandra.
L'humiliation est totale deux ans plus tard. En décembre 2025, il est largement battu aux élections législatives dans sa circonscription de Saïoua par Ibrahim Lokpo, candidat du RHDP. Après 29 ans de règne sans partage sur la circonscription, il est contraint de quitter la scène politique par la petite porte.

Un militant infatigable jusqu'au bout
Fidèle à ses convictions de proximité, il participe encore activement à la vie politique locale sous la bannière du PDCI-RDA à Saïoua en décembre 2025. Figure de sage et de doyen respecté, il apporte son soutien à la nouvelle direction menée par le Président Tidjane Thiam. C'est un grand et digne militant et un infatigable bosseur.
Des réalisations concrètes pour sa région et sa ville
Sous sa gouvernance à la tête du Conseil régional, l'éducation constitue un axe majeur des investissements : pour un coût total de 2,496 milliards de FCFA, treize nouveaux collèges modernes sont bâtis dans les sous-préfectures, dont ceux de Saïoua et de Nahio. Les lycées de Daloa, Issia, Vavoua et Zoukougbeu voient leur capacité d'accueil renforcée.
Dans le secteur de la santé, des hôpitaux sont construits et rénovés. Sur le plan des infrastructures routières et économiques, des ponts et routes sont réalisés. Des initiatives visent à promouvoir l'emploi des jeunes et à soutenir les entrepreneurs locaux. Maire de Saïoua depuis 2011, il multiplie les actions sociales en faveur des populations vulnérables.
Un message pour la jeunesse
Au-delà de ses fonctions, Alphonse Djédjé Mady laisse un héritage de constance et d'humilité. Attaché aux valeurs de justice sociale, de cohésion nationale et de développement équilibré, il appelait à « travailler avec rigueur et humilité pour le bien commun » et à rester concentré sur « notre bonheur commun et celui des générations futures ». Son parcours, du village de Gazehio aux plus hautes responsabilités, rappelle que l'engagement et le service de la nation sont des valeurs qui transcendent les générations.
Les hommages des cadres, fils et filles et élus du Haut-Sassandra
L'annonce de la disparition du Professeur Alphonse Djédjé Mady a suscité une vive émotion dans la classe politique et au sein des populations du Haut-Sassandra. De nombreux cadres, fils et filles de la région, ainsi que des élus, ont tenu à rendre hommage à celui qui a tant œuvré pour le développement de sa terre natale.
L'Honorable Stéphane Kipré, Député de Gboguhe, a exprimé sa profonde tristesse, saluant la mémoire d'un homme qu'il considérait comme un père et un conseiller. « J'ai le cœur lourd en apprenant la disparition du professeur Alphonse Djédjé Mady », a-t-il confié, soulignant que celui-ci était pour lui « un conseiller, un "Papa", un exemple de résilience et de courage ». Évoquant la campagne des élections régionales de 2023, le député a rappelé avoir parcouru le Haut-Sassandra aux côtés de Djédjé Mady, bénéficiant de ses précieux conseils et renforçant son attachement à cette région que le défunt aimait tant. « Votre voix s'est tue, mais vos conseils, vos enseignements et votre exemple resteront », a-t-il ajouté, avant d'adresser ses condoléances à la famille du disparu, au PDCI-RDA et à l'ensemble des fils et filles du Haut-Sassandra.
Stéphane Gbeuly, Maire de la commune de Daloa, a également rendu un vibrant hommage. « C'est avec une profonde tristesse que j'ai appris le décès du Professeur Alphonse Djédjé Mady, qui fut pour moi bien plus qu'un aîné : un grand-père et un père », a-t-il déclaré, adressant ses condoléances « à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l'ont connu et aimé » et priant pour que Dieu l'accueille auprès de Lui.
D'autres hommages de personnalités de la région viendront enrichir cette section dans les prochains jours.
La Rédaction
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